CONSTRUCTION EN COURS…
ARISTOCRATIE, PARENTÉ ET STRUCTURES DE GENRE
Une société hiérarchisée

La société du haut Moyen Âge est profondément inégalitaire. Elle distingue :
- L’aristocratie (milites, optimates) : détient terres, armes, pouvoir politique
- Les hommes libres (ingenui) : paysans propriétaires, artisans
- Les non-libres (servi, mancipia) : esclaves domestiques, main-d’œuvre agricole
Les femmes traversent ces catégories sociales, mais leur statut dépend toujours de leur appartenance familiale : fille de, épouse de, mère de. Une femme aristocrate n’a pas le même statut juridique qu’une paysanne libre, et encore moins qu’une esclave. Cependant, toutes sont placées, en théorie, sous tutelle masculine (mundium).
Parenté et structures familiales
La société mérovingienne et carolingienne est structurée par des réseaux de parenté cognatique : on compte par les deux lignées, paternelle et maternelle. Les alliances matrimoniales sont des outils politiques majeurs. Les femmes jouent un rôle central dans ces stratégies :
- Transmission de patrimoine : dot (biens apportés par la famille de l’épouse), douaire (biens donnés par le mari à l’épouse), héritage
- Médiation entre familles : les épouses, mères, sœurs assurent les liens entre les lignages
- Éducation des enfants : transmission des valeurs aristocratiques
Les lois barbares placent les femmes sous tutelle masculine (mundium) :
- Avant le mariage : tutelle du père
- Pendant le mariage : tutelle du mari
- Après le veuvage : tutelle d’un fils ou d’un parent masculin
Pourtant, les sources narratives et les chartes montrent des femmes qui échappent à cette tutelle : reines régentes, abbesses (qui exercent une autorité monastique comparable à celle des abbés), veuves propriétaires (qui gèrent des domaines sans tuteur apparent).
La vie religieuse (monachisme) offre aux femmes une autonomie relative. Les abbesses comme Radegonde de Poitiers, Bathilde de Chelles ou Hildegarde de Bingen exercent un pouvoir spirituel, économique et culturel considérable.
Équilibre social et rôle des femmes
Le Moyen Âge apparaît souvent comme une période sombre pour les femmes. Pourtant, durant les six siècles qui suivent la fin de l’Empire romain, la condition féminine est plus complexe que ne le suggère l’imaginaire collectif. Dans les sphères du pouvoir ou du savoir, certaines femmes tiennent une place éminente.
Les femmes ont pris part à la culture de leur temps, comme le montrent les recherches récentes. À une époque où l’alphabétisation était faible, c’est parfois par les femmes que se transmettait la maîtrise de la lecture et de l’écriture. Dans l’aristocratie laïque, il n’est pas rare que les femmes reçoivent une éducation poussée, car elles sont en charge de l’éducation de leurs enfants. La reine Mathilde, épouse du roi de Germanie Henri Ier (919-936), sait lire et écrire, contrairement à son époux. Dans la famille ottonienne, ce sont souvent les femmes qui sont les plus lettrées.
Charlemagne, selon Eginhard, demande pour ses filles une éducation complète dans les arts libéraux. Il voulait qu’elles soient formées “à tout ce qu’il y a d’honnête”, insistant sur une éducation axée sur la vertu, la décence et les devoirs domestiques, mais aussi sur la culture. Il ne les maria jamais, les gardant toutes avec lui jusqu’à sa mort, affirmant qu’il ne pouvait se priver de leur société.