CONSTRUCTION EN COURS…
ROYAUMES BARBARES ET EMPIRE CAROLINGIEN
La Gaule au Ve siècle : un creuset d’identités nouvelles
Milieu dans lequel évolue sainte Geneviève (v.420/v.502)
Au Ve siècle, la Gaule romaine devient un extraordinaire creuset de nouvelles identités politiques. En 407, le Rhin gelé permet le passage de peuples germaniques (Vandales, Alains, Suèves, Burgondes). Ces “migrations des peuples”, terme plus juste qu’“invasions barbares”, s’inscrivent dans un processus d’intégration déjà en cours depuis le IVe siècle. L’acculturation entre Barbares et Romains était à l’œuvre depuis longtemps : les Barbares servaient dans l’armée romaine, occupaient des postes de généraux (magistri militum), et les élites romaines adoptaient parfois des noms germaniques.
À la fin du IVe siècle, la Gaule constituait l’une des grandes régions de l’Empire romain d’Occident, peut-être la plus importante si l’on en juge par l’installation de la cour impériale à Trèves sous le règne de l’empereur Gratien (375-383). Les réformes de Dioclétien avaient redessiné les circonscriptions administratives : deux “diocèses” civils couvraient la Gaule. Le diocèse “des Gaules” (capitale : Trèves) rassemblait dix provinces ; le diocèse “de Viennoise” (capitale : Vienne, puis Arles) en comptait sept.
Ce cadre administratif romain persiste au-delà de 476. Les structures politiques et administratives de l’Antiquité tardive continuent à marquer durablement les siècles mérovingiens. Les royaumes barbares ne détruisent pas l’administration romaine : ils la reprennent et l’adaptent.
Les royaumes mérovingiens (Ve-VIIIe siècles)
En 481 ou 482, Clovis succède à son père Childéric à la tête d’un groupe de guerriers francs assurant, au nom de Rome, l’administration des régions situées entre l’Escaut et la Somme. Son règne est marqué par deux événements majeurs : l’expansion géographique de la puissance franque en Gaule et sa conversion au christianisme catholique (entre 496 et 508). En 507, Clovis conquiert le royaume wisigoth et unifie la majeure partie de la Gaule sous son autorité. Il devient le premier rex Francorum (roi des Francs), titre qui sera porté par tous ses successeurs jusqu’au Xe siècle.
Le royaume mérovingien se caractérise par :
- Un pouvoir royal fragmenté : les partages successoraux entre les fils du roi entraînent des guerres civiles récurrentes. Les assassinats politiques et les luttes fratricides ponctuent les VIe et VIIe siècles.
- Une aristocratie puissante : les grandes familles (Pippinides, Arnulfiens) rivalisent avec les rois. Le prestige de l’aristocratie repose sur la possession de terres, l’importance de sa clientèle armée et ses liens avec l’Église (fondation de monastères, contrôle des évêchés).
- Le rôle politique des reines : Clotilde (épouse de Clovis), Brunehaut, Frédégonde, Bathilde interviennent dans les guerres civiles, les régences, les alliances matrimoniales. Les reines mérovingiennes ne sont pas de simples épouses : elles sont des actrices politiques à part entière.
Les conditions matérielles (économie rurale, faible monétarisation, difficulté des communications) réduisent le pouvoir royal à un horizon régional. L’autorité royale n’existe que par le consensus des grands. La victoire militaire rassemble l’aristocratie autour du roi, car elle permet de distribuer butin, prisonniers, terres et charges.
L’empire carolingien (VIIIe-IXe siècles)
En 751, Pépin le Bref renverse le dernier roi mérovingien et fonde la dynastie carolingienne. Son fils Charlemagne (768-814) construit un empire chrétien qui s’étend de l’Èbre aux Carpates. L’empire carolingien se caractérise par :
- Une centralisation administrative : Charlemagne crée un réseau de comtes (gouverneurs locaux) et de missi dominici (envoyés royaux chargés de contrôler l’administration locale). Les capitulaires (ordonnances royales) légifèrent sur tous les aspects de la vie sociale, économique et religieuse.
- Une renaissance culturelle : la “Renaissance carolingienne” se manifeste par la réforme de l’écriture (minuscule caroline), la création d’écoles monastiques et épiscopales, et la copie systématique des manuscrits antiques. Alcuin, Raban Maur, Théodulf d’Orléans animent cette renaissance intellectuelle.
- Une alliance étroite avec l’Église : Charlemagne se fait sacrer empereur par le pape en 800, restaurant ainsi l’Empire romain d’Occident. Il impose une réforme monastique (adoption de la règle bénédictine) et tente de christianiser en profondeur les mœurs aristocratiques.
Le pouvoir carolingien se fonde d’abord sur la conquête : Charlemagne mène des campagnes incessantes contre les Saxons, les Avars, les Lombards, les Sarrasins. Pour pérenniser son pouvoir, il étend à toute l’Europe le modèle d’un patrimoine privé géré par une clientèle liée par des liens de dépendance (vassalité) et des liens familiaux. Naît ainsi une “aristocratie d’Empire”, détentrice de biens et de fonctions dans de nombreuses régions.
L’ordre carolingien ne présente pas les caractères d’un État centralisé : il repose sur des collaborations aristocratiques et ecclésiastiques précaires. Dès que s’épuise le dynamisme de la conquête, l’empire connaît des difficultés. En 843, le traité de Verdun partage l’empire entre les trois fils de Louis le Pieux : Charles le Chauve reçoit la Francie occidentale, Lothaire la Francie médiane, Louis le Germanique la Francie orientale.
Le rôle politique des femmes ?
Dans ce contexte, les femmes aristocrates jouent un rôle politique important, quoique toujours médiatisé par leur statut de mère, d’épouse ou de veuve. Les reines interviennent comme régentes (gouvernant au nom de fils mineurs), comme conseillères, comme médiatrices diplomatiques. Les abbesses contrôlent des monastères riches et influents (Chelles, Poitiers, Gandersheim). Les veuves gèrent des domaines et transmettent des patrimoines.
Cependant, sous les Carolingiens, la capacité juridique des femmes tend à se restreindre. Les capitulaires insistent sur la tutelle masculine, le contrôle du mariage, l’interdiction pour les femmes de témoigner seules en justice. Paradoxe : c’est dans ce contexte que Dhuoda écrit son Liber Manualis, formulant une pensée morale et politique autonome.
+ Eginhard ?