CONSTRUCTION EN COURS…
Cadre chronologique et géographique
Ce projet se concentre sur le haut Moyen Âge, période qui s’étend du Ve siècle (chute de l’Empire romain d’Occident en 476) au Xe siècle (avènement de la dynastie capétienne en 987). Plus précisément, notre étude couvre les prémices de la période mérovingienne (481-751) et la période carolingienne (751-987), soit les royaumes francs (regni Francorum) et l’empire de Charlemagne.

France médiévale, Antoine Destemberg, 2017
L’espace étudié est la Gaule chrétienne, devenue progressivement le royaume des Francs (Regnum Francorum). La Francia du haut Moyen Âge désigne d’abord les régions situées entre Seine et Rhin. À l’ouest, l’Armorique reste un monde à part ; au sud de la Loire, l’Aquitaine conserve une identité wisigothique ; dans la vallée du Rhône et en Provence, le souvenir de la domination burgonde persiste.
Tout au long du haut Moyen Âge, le cœur du monde franc bat entre la Loire et le Rhin, mais des entités régionales distinctes émergent progressivement : la Neustrie (entre Seine et Escaut) et l’Austrasie (vallées de la Meuse, de la Moselle et du Rhin moyen).

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En 843, le traité de Verdun partage l’empire carolingien en trois royaumes. La frontière du royaume des Francs de l’Ouest est fixée sur l’Escaut, la Meuse, la Saône et le Rhône. Cependant, jusqu’au Xe siècle, la nostalgie de l’unité franque reste forte dans les élites laïques et ecclésiastiques1.

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Repenser les ruptures : continuités et transformations
L’historiographie du XIXe et du début du XXe siècle pensait en termes de ruptures brutales : “chute” de Rome, “fin” de l’Empire, “invasions” barbares. La IIIe République française a privilégié un récit national fondé sur les origines gauloises, marginalisant la période franque, considérée comme l’ancêtre de la nation allemande. Pour beaucoup d’historiens2, l’histoire de France ne commençait qu’avec l’élection d’Hugues Capet en 987. Les premiers rois capétiens ne contrôlent directement qu’une portion très faible du territoire français, appelée le domaine royal, et certains de leurs vassaux sont beaucoup plus puissants qu’eux. La France est ainsi divisée en 987 :

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Aujourd’hui, on insiste davantage sur le caractère progressif des transformations que connut l’Europe occidentale dès le IVe siècle. Les Francs n’ont jamais représenté un peuple homogène surgissant brutalement des forêts de Germanie. Les royaumes barbares se sont installés dans un Empire déjà considérablement transformé au IVe siècle, notamment par le christianisme. Un processus d’intégration était déjà à l’œuvre entre Barbares et Romains, dont les temps mérovingiens ne sont que l’accomplissement.
L’Antiquité s’efface très lentement. Le VIe siècle reste marqué par le dynamisme des cités et les échanges méditerranéens. Le VIIe siècle voit un lent basculement, achevé au VIIIe siècle. C’est précisément parce que l’Antiquité apparaissait lointaine à Pépin le Bref et à Charlemagne qu’ils entreprirent de restaurer les modèles antiques3 en revendiquant le titre impérial et en promouvant une renaissance culturelle.
Entre le VIe et le IXe siècle, l’identité franque ne constituait pas une réalité ethnique, mais une construction progressive. Au cœur de ce phénomène, il y a l’élaboration de la royauté, c’est-à-dire d’une représentation du pouvoir qui se nourrit de références romaines et d’une pratique caractérisée par des liens privilégiés avec les élites guerrières.
1.
2.
3. Manuscrit 731, Bibliothèque de Saint-Gall, copié en 793 par un dénommé Wandalgarius. Manuscrit contenant la Loi salique, la Loi romaine des Wisigoths (ou Bréviaire d’Alaric) et la Loi des Alamans.