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CULTUREL ET RELIGIEUX : CHRISTIANISATION ET RENAISSANCE CAROLINGIENNE
Christianisation de la Gaule
Si le terme « culture » paraît anachronique appliqué au Haut Moyen Age, il est depuis quelques décennies admis. Toutefois, il faut bien comprendre que les affaires dites « culturelles » et religieuses se confondent.
Dès le IIe siècle, la Gaule est gagnée par le christianisme, qui se répand au sein de petites communautés orientales de marchands, juifs pour une bonne part, et de langue grecque. La persécution de 177 à Lyon témoigne de la présence de ces communautés. Entre le IVe et le VIIIe siècle, l’Occident se christianise progressivement. L’Église devient un acteur politique et culturel majeur :
- Conversion des élites : le baptême de Clovis (496) symbolise l’alliance entre royauté franque et Église catholique
- Monachisme : fondation de monastères (Luxeuil, Saint-Denis, Corbie) qui deviennent des centres économiques et culturels
- Hagiographie : les vies de saints (et de saintes) diffusent des modèles de sainteté
Les femmes jouent un rôle important dans cette christianisation : Sainte Geneviève (protectrice de Paris), Radegonde (fondatrice de Poitiers), Bathilde (promotrice de la réforme monastique). L’hagiographie féminine met en scène des figures de sainteté féminine qui renversent (provisoirement) les hiérarchies de genre : vierges martyres, reines renonçantes, abbesses thaumaturges. De plus, les nombreuses Vitae Genovefae écrites à des siècles différents témoignent de l’importance de ces récits dans la culture.
Renaissance carolingienne et culture écrite
Sous Charlemagne, une renaissance culturelle se développe :
- Réforme de l’écriture : adoption de la minuscule caroline, écriture normalisée qui facilite la copie et la lecture
- Création d’écoles : dans les monastères et les cathédrales, on enseigne les arts libéraux (grammaire, rhétorique, dialectique, arithmétique, géométrie, musique, astronomie)
- Copie de manuscrits : les scriptoria carolingiens copient systématiquement les textes antiques (Virgile, Cicéron, Tite-Live) et patristiques (Augustin, Jérôme, Grégoire)
La convergence culturelle des élites “barbares” et des élites gallo-romaines a permis leur fusion rapide. Aux Ve et VIe siècles, aucune régression ne se discerne dans la culture des laïcs, ni dans l’usage de l’écrit. La langue latine évolue selon un processus normal, donnant naissance aux langues romanes (ancien français, provençal, italien, espagnol).
C’est dans ce contexte que Dhuoda écrit son Liber Manualis (841-843). La Séquence de sainte Eulalie (v. 880-882), premier texte en langue romane conservé, témoigne aussi d’une transformation culturelle : la langue vernaculaire devient un support de transmission religieuse et littéraire.
Femmes et culture écrite
Au sein des monastères féminins, on trouve le plus de femmes qui savent écrire. L’acte le plus courant est la copie de manuscrits : avant l’invention de l’imprimerie, c’est cet inlassable travail qui permet la diffusion des œuvres. À la fin du VIIIe siècle, les nonnes de Chelles sont les principales pourvoyeuses en copies d’Augustin d’Hippone. Elles reçoivent des commandes des évêques de Cologne et de Wurtzbourg.
Il est logique que ce soit aussi dans les monastères que l’on trouve le plus d’autrices : femmes qui ne se contentent pas de copier mais composent de nouvelles œuvres. Aucun genre littéraire ne leur est interdit : hagiographie, annales, traités, poésie, théâtre. La dramaturge et poétesse Hrotsvita de Gandersheim (v. 960) est considérée comme la “première poétesse allemande”.
Ces textes de femmes ont longtemps été négligés ou suspectés. Quand les œuvres de Hrotsvita ont été redécouvertes au XIXe siècle, d’éminents savants ont douté de leur attribution. Ce n’est que dans les années 1980 que les spécialistes du Moyen Âge ont commencé à s’intéresser aux écrits des femmes médiévales.
Anonymat et création
L’anonymat au Moyen Âge est fréquent. Dans les arts, l’écriture, la peinture, l’architecture, on cherche à représenter ce qui est le plus important, le plus beau, ce qui élève l’âme : Dieu et son Église. Ce n’est pas l’individualité ou le travail personnel qui est valorisé, mais le fruit de l’ouvrage destiné à un plus grand Bien. Cet anonymat touche les hommes comme les femmes, mais il rend encore plus difficile l’identification des créatrices féminines.