Liber Manualis – Dhuoda

CONSTRUCTION EN COURS…

Histoire du texte et tradition manuscrite

Trois manuscrits
  • Manuscrit de Nîmes
Document Gallica

Source : Bibliothèque nationale de France – Gallica Fragment du Liber Manualis de Dhuoda

Ce fragment du Liber Manualis (copie) fut découvert en 1885 dans les papiers de Germer-Durand. Il est constitué de 32 feuillets en écriture carolingienne de la fin du IXe siècle, il est toutefois moins complet que le manuscrit ci-dessous recopié à Paris.

  • Manuscrit perdu

D’abord possédé par Pierre de Marca, archevêque de Toulouse puis de Paris au XVIIe ce manuscrit perdu fut recopié par un moine de Saint-Germain-des-Prés et édité par Mabillon en 1677.

Manuscrit de Nîmes – Liber Manualis

Source : Bibliothèque Carré d’Art / Nîmes – Gallica / BnF.
Germer-Durand, Eugène (1812-1880). Copie des fragments du Liber Manualis donnés par Mabillon et transcription des fragments du manuscrit de Nîmes (V. É. Bondurand, Le Manuel de Dhuoda, p. 268).

  • Manuscrit de Barcelone
Une page du Liber manualis.
Bibliothèque nationale de Catalogne, Barcelone. Ms. 569, fol.57 c
Copie du XIVe siècle

Le manuscrit de Barcelone est lui aussi une copie du Liber Manualis, on ne sait à quel degré. Il fut découvert en 1951 par A. Cordioliani. D’origine espagnole, il est composé de 120 feuilles de papier du XVe siècle. Il est le plus complet des trois.

Le Liber Manualis a été copié et diffusé, preuve de son succès. La tradition manuscrite est discontinue et témoigne d’un intérêt constant.

Toutefois il faut être conscient que ce sont tous trois des copies.

Genre littéraire : Le miroir (speculum)

Le Liber Manualis appartient au genre des miroirs (specula), traités pédagogiques destinés aux jeunes aristocrates laïcs. Ces textes visent à christianiser les élites laïques en leur assignant des responsabilités politiques, religieuses et familiales.

Miroirs majeurs antérieurs à celui de Dhuoda :

  • Alcuin, Traité des vices et des vertus (pour le comte de Bretagne)
  • Paulin d’Aquilée, Liber exhortations (pour le marquis de Frioul Éric)
  • Smaragde, Via regia (pour Louis le Pieux)
  • Jonas d’Orléans, De institutione regia (pour Pépin, fils de Louis) et De institutione laicali (pour le comte Matfrid)

Le Liber manualis de Dhuoda est le seul écrit par une femme laïque, c’est un miroir maternel, son autorité est ainsi fondée sur la maternité, non le statut clérical contrairement à ceux cités.

Étymologie du titre

Dhuoda joue sur l’étymologie du mot « manualis« . Dans son sens classique, ce terme désigne un « petit livre que l’on tient dans la main » (manus). Le sens spirituel proposé par Dhuoda est un « livre lié à la main de Dieu ».

Cette réinterprétation étymologique inscrit le manuel dans une perspective théologique : les conseils de Dhuoda dépendent de Dieu, lui sont insufflés.

Cet acte ajoute à son action intellectuelle, à la manière de Alcuin, savant influent proche de Charlemagne, qui utilise le mot grec « enchiridion » pour signifier « manuel ». Alcuin écrit à Charlemagne : « enchiridion quod est librum manualem« .

Structure et composition du Liber manualis

Plan général (73 chapitres) :

On identifie 10 parties :

  1. Dieu : amour, recherche du Salut, grandeur d’âme, symbolisme du nom Deus
  2. Trinité et vertus théologales : Père, Fils, Saint-Esprit; foi, espérance, charité
  3. Morale sociale : devoirs envers ses parents, ses pères, le seigneur, les grands, les évêques
  4. Vices et vertus : sept dons du Saint-Esprit, huit béatitudes
  5. Tribulations : tristesse, richesse, persécution, maladie, pauvreté
  6. Perfection : quinze degrés vers la perfection
  7. Naissances et morts : charnelle et spirituelle, temporelle et éternelle
  8. Prières : pour Clergé, seigneur, pères, défunts
  9. Arithmologie : symbolisme des lettres d’Adam, quinze bénédictions
  10. Épilogue : résumé biographique, liste des défunts, épitaphe

Dhuoda induit à Guillaume une double naissance, charnelle et spirituelle, et doit vivre une double responsabilité :

D’abord sur le plan temporel, il doit fidélité au père et au seigneur, conseil au roi et gestion des biens qui seront siens. De plus, il doit apporter dès qu’il le peut son aide aux gens dans le besoin. En respectant les grands comme les petits.

Ensuite, sur le plan spirituel, il doit s’adonner à la prière, la lecture, l’ascèse, et la charité (caritas)

Dhuoda ne sépare jamais les deux plans. Le succès temporel dépend de la vertu spirituelle. La sainteté doit s’incarner dans toute son action, d’autant plus politique.

Analyse stylistique et rhétorique

  1. Langue et syntaxe

Le Liber Manualis est écrit en latin médiéval, non classique mais très proche, on observe une influence de la langue romane et de ses futures évolutions syntaxiques au travers de quelques barbarismes et néologismes.

Perspectives :

  • Comparer avec le latin d’autres auteurs carolingiens
  • Identifier les emprunts au grec
  • Analyser les néologismes
  • Étude poésie carolingienne

2. Prose et vers

Dhuoda alterne entre prose et vers. Son ouvrage est ponctué de poèmes, d’acrostiches et de passages versifiés Dans son épitaphe et son poème d’ouverture

Etude codicologique

  • Quel scriptorium a produit le manuscrit du IXe siècle (Nîmes) ?
  • Quelle est la relation entre les trois manuscrits ?
  • Y a-t-il des variantes textuelles significatives entre les trois ? (question de la fidélité à l’original)

Méthode :

  • Comparer les trois manuscrits (paléographie, mise en page, ornements)
  • Identifier les scriptoria et les milieux de circulation
  • Analyser les marques de lecture (annotations, gloses,..)